Triguna : pourquoi on rentre dans les cercles vicieux

Est-ce que vous avez l’impression de faire et refaire les mêmes fautes ? Mais vous ne comprenez pas pourquoi, ni ce que vous pouvez faire pour sortir de ces cercles vicieux ? Alors cet article vous aidera à mieux comprendre ce qui se passe, et aussi comment s’en sortir. Il y a un concept de Yoga qui est important si on souhaite comprendre pourquoi on rentre dans les cercles vicieux : les guṇa.

Guṇa : c’est quoi ?

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Formation complète d’un an, accessible à tous, autour de la Méditation et de la Philosophie de Yoga.

Parce que se comprendre est le premier pas vers les transformations profondes.

Sanskrit : गुण ; IAST : guṇa

Le mot guṇa a plusieurs sens. Très souvent, on va le traduire comme « qualité ». Mais on peut aussi le traduire comme « corde » ou « fil ». Dans le contexte de la métaphysique, on peut voir les guṇa comme les trois forces primordiales du cosmos.

Tout ce qui existe – notre corps, notre mental, même ce que nous mangeons – contient ces 3 guṇa. Pour mieux comprendre ce concept, utilisons une analogie. Imaginons qu’à l’intérieur de nous, il y un instrument de musique composé de ces 3 cordes. Et quand notre essence vitale – prāṇa – passe sur ces trois cordes, cela émet une musique.

Vous avez déjà du remarquer combien la musique peut être puissante ! Elle peut nous transformer complètement ! Changer ce que nous ressentons – nos émotions, notre état mental. Et chaque musique nous met dans un état différent. L’effet du Boléro de Ravel ne sera pas le même que la 5ème symphonie de Beethoven !

Et encore, là c’est la musique composée par les hommes. Ces 3 guṇa, ces 3 cordes… on parle de la musique qui tisse le cosmos entier ! Juste imaginez son effet sur nous !

La particularité de cette musique est que dans chaque personne, chaque objet, cette musique est différente. Et quel style de musique joue en nous, quel effet cela a sur nous, dépend entièrement de laquelle de ces 3 cordes est jouée à quel moment. Donc regardons de près ces trois cordes et leurs effets sur nous.

सत्त्व  Sattva

La première de ces trois cordes s’appelle sattva. La particularité de cette corde est qu’elle génère le son de l’harmonie. Plus cette corde est présente dans notre musique interne, plus on a de la clarté d’esprit. Plus on ressent une paix profonde. Plus on voit les choses clairement : telles qu’elles sont. C’est la corde du discernement.

Plus notre prāṇa joue cette corde de sattva, plus on va être posé. On arrivera à faire la part des choses facilement. Peu de choses nous dérangeront profondément, et on aura à la fois la force interne et la capacité d’effectuer nos tâches sans ressentir quelconque stress.

रजस Rajas

La deuxième corde c’est rajas. C’est la corde de la musique « dhikchick-dhikchik ». Bien agitée, bien mouvementée. Le style de musique qui… une fois qu’elle commence, on n’a aucun autre choix que de danser ! Et pas une danse douce… mais vraiment danser à la folie !

Vous me direz : danser c’est bien. Et je suis d’accord ! Mais… on danse 2h. 4h. Maintenant imaginez danser 24 heures sur 24. 7 jours sur 7. Non stop. Sans pause. Qu’est-ce qui va se passer ? On va être crevé ! Et aussi… quand on est en train de danser… on a beaucoup d’émotions en nous. Mais c’est rarement le moment où on a du recul. Où on peut prendre les décisions importantes de la vie. Quand on danse… on a juste envie d’être tranquille et de danser !

तमस् Tamas

Notre troisième corde s’appelle tamas. Le son de cette corde est très lourd. Très dense. Quand cette corde vibre, on n’entend rien d’autre. Mais c’est aussi un son très pesant. C’est un son qui ne laisse aucun autre son pénétrer. Plus cette corde joue, plus elle nous emprisonne. Et moins on a la capacité de réfléchir. Moins on a la capacité de danser aussi !

La bonne musique

Nos goûts musicaux peuvent différer, mais je pense que vous serez d’accord avec moi qu’une bonne musique a quand même trois qualités : il lui faut un corps – on peut le voir comme la basse. Ça c’est tamas. Mais il lui faut aussi un rythme. Ça c’est rajas. Et il lui faut surtout… une certaine harmonie. Que les notes ne soient pas fausses. Sans cela… la musique, eh bien on ne l’appellera même pas de la « musique ». On l’appellera juste du bruit ! Et ce sera tout aussi agréable que les notes d’un marteau piqueur !

Le mental et les 3 guna

Dans notre mental aussi, cette musique générée par le passage de prāṇa sur ces 3 cordes joue en continue. C’est ce qui va donner nos prédispositions. C’est ce qui va impacter nos pensées, nos actes, nos paroles. Plus tamas est prédominant, plus c’est comme si un marteau piqueur jouait à l’intérieur de nous. Dans cet état, nos pensées sont cycliques. Les mêmes idées reviennent sans cesse. Les peurs sont omniprésentes. La colère, la haine, la jalousie : ces émotions trouvent leurs origines dans tamas.

Quand rajas est prédominant, cela génère énormément de hauts et bas émotionnels. On va se pousser. Mais on va aussi se fatiguer. On aura du mal à avoir du recul. La plupart du temps, on va juste réagir aux situations que la vie nous présente.

Quand sattva est prédominant, là, notre musique est très harmonieuse. Il n’y a pas de peur. Il n’y a pas de manque d’estime de Soi. On est plein d’énergie. Mais on est aussi très posé, calme. On arrive à prendre notre temps pour faire les choses.

J’utilise ici le mot « prédominant » parce que ce n’est jamais une seule corde qui joue. Les trois sont toujours présentes. Mais quelle corde est principale dans cette musique en nous – c’est ce qui va décider de l’effet global.

Pareillement, ce n’est pas toujours la même musique qui est jouée. Elle change. Notre entourage, le temps qu’il fait, ce que l’on mange, l’heure à laquelle on se couche et on se lève, notre activité physique… tout a un impact sur quelle musique se joue en nous.

Les cercles vicieux et les 3 guna

Les cercles vicieux sont typiquement un signe de prédominance de tamas. Cette prédominance est souvent entrecoupée par les moments de prédominance de rajas. Et aussi des instants, très éphémères mais quand mêmes présents, de sattva.

Prenons un exemple. Disons que vous êtes quelqu’un qui a du mal à instaurer une activité physique. Au bout d’un certain temps, le corps va souffrir. Quand la souffrance devient importante – par exemple mal de dos chronique – cela va générer des moments de rajas. Durant ces moments, vous aurez envie de changer votre vie. Il y aura la motivation. Parfois – pas toujours – mais parfois, ça va aussi donner lieu aux instants de sattva. Et durant ces instants, le mental va capter qu’avoir une activité physique est important pour entretenir le corps.

Cet instant de sattva peut être suivi par rajas : et là on va se lancer dans l’activité physique. Il peut aussi être suivi par tamas : et là, même si on capte le besoin d’activité physique, on ne va juste pas réussir à se motiver pour le mettre en action.

Pareillement, même si on avait réussi à se motiver pour l’activité physique, au bout d’un temps, tamas va redevenir prédominant. L’inertie va s’installer. Et on va arrêter cette activité.

Je schématise ici, bien sûr. Parce qu’il y a beaucoup, beaucoup de variables qui sont présentes. Cependant, c’est un peu le processus des cercles vicieux.

Que faire pour briser les cercles vicieux

La meilleure… à vrai dire la seule façon de réellement sortir des cercles vicieux est d’augmenter le temps que notre mental passe dans les instants de prédominance de sattva. Et c’est la partie la plus dure à comprendre.

Pour sortir de tamas, on a besoin d’un peu de sattva, mais aussi – et surtout de rajas. On a besoin de ce mouvement qu’amène rajas. Mais si vous vous souvenez, rajas va aussi nous fatiguer. Je vais utiliser deux cas de figures pour illustrer cela.

Dans le premier cas de figure, on a le cercle vicieux classique. On se rend compte de notre problème (sattva). On met en route l’activité physique (rajas). Tant que rajas reste prédominant, on continue l’activité. Mais dû à la fatigue générée par rajas, au bout d’un temps – ça peut être quelques semaines ou quelques mois – on laisse tomber. Et tamas redevient prédominant.

Le deuxième cas de figure est plus dur à accepter. Dans ce cas de figure, on a de nouveau capté le problème (sattva). On met en place l’activité physique (rajas). Mais cette fois-ci, on la continue. Pendant des années : allez, disons pour toujours.

Vous me direz que ça y est : la personne est complètement sortie de son cercle vicieux. En ce qui concerne le manque d’activité physique, oui bien sûr. Mais en vrai… pas du tout. Parce que l’état de rajas est toujours prédominant. La fatigue qui en découle est toujours là. Tamas a de nouveau commencé à prendre de l’emprise… mais juste pas sur le même sujet. Fort probablement, un autre style de cercle vicieux va s’installer, sur une autre facette de la vie. Ça peut être affectif, social ou autre.

Parce que le secret de réellement sortir de tamas n’est pas rajas. Rajas c’est ce dont l’on a besoin pour faire les premiers pas. Mais à la fin, c’est toujours sattva qui va nous sortir réellement, profondément de tamas.

Comment augmenter sattva guna

Afin d’augmenter sattva guna, on a besoin de développer notre capacité de discernement. Pour cela, il y a trois parties :

  • La première partie c’est de se connaitre : comprendre comment marchent nos pensées, nos émotions, notre mental.
  • La deuxième partie se fait grâce à la philosophie et son application dans notre quotidien. C’est le vrai rôle de la philosophie de Yoga : ses Yama et ses Niyama (éthiques et observances).
  • La troisième partie c’est la pratique méditative. C’est ce qui nous permet d’intégrer et d’assimiler les deux premières parties.

Ces trois parties doivent aller ensemble. Une seule n’est pas suffisante, car elles sont interconnectées.

C’est aussi pour ça que Yoga nous parle sans cesse d’une approche holistique : qui s’occupe de notre corps, mais aussi de notre mental, de notre souffle et surtout, surtout de notre capacité de discernement.

Yoga Darshana

Ces trois parties ensemble, c’est ce que l’on appelle Yoga Darshana : la vision de Yoga, aller dans la présence de Yoga. Il n’est pas toujours facile de trouver des cours et des formations qui combinent ces trois aspects. C’est la raison pour laquelle on a lancé cette formation d’un an sur Yoga Darshana qui combine les trois piliers : se connaître, comprendre et appliquer la philosophie de Yoga, et la méditation.

  • rossi dit :

    Merci pour cet article très intéressant

  • Veronique Gaffric dit :

    Une Formidable Gazette cette semaine. Merci !

  • Martine M dit :

    Merci Pankaj
    je viens de découvrir ton article sur les gunas, j’imagine facilement que la formation va être très très bien après cet article, j’aimerais tant y participer, mais j’ai peur de ne pas pouvoir libérer du temps, beaucoup de choses en cours, trop de rajas j’imagine…

    • Pankaj Saini dit :

      Merci Martine ! T’en fais pas. Si tu peux te libérer, avec grand plaisir ! Si tu ne peux pas te libérer, il y a aussi la partie forum, et surtout, je ne suis jamais contre l’idée de faire des vidéos qui explique/approfondit un sujet !

      Mais oui, quand il y a beaucoup de chose en cours, Rajas est toujours active. Ce qui n’est pas en soi une mauvaise chose. Il faut simplement prendre le temps de s’ancrer et s’enraciner.

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